Parfums Coty : l’empereur de la parfumerie est de retour…

François Coty, appelé « père de la parfumerie moderne” ou “Napoléon de la parfumerie », en raison de sa filiation avec la famille Bonaparte et de l’empire qu’il bâtit sur le monde, revient peu à peu sur les devants de la scène.

Comment ? Grâce à son arrière-arrière-petite-fille, Véronique Coty, présidente de l’association François Coty qui a entrepris de faire vivre le patrimoine du « père de la parfumerie moderne », notamment à travers le Prix qui porte son nom et qui récompense chaque année la créativité d’un parfumeur. Rencontre au château d’Artigny (Indre et Loire, l’une des somptueuses demeures de l’homme d’affaires, parfumeur de génie.

Mon grand-père Henri Coty fut l’un des fondateurs du Prix François Coty, en 2000. À ses côtés, au fil des éditions, j’ai appris l’histoire de mon aïeul et j’ai pris la mesure de l’immense respect suscité par son oeuvre auprès des parfumeurs.

Une découverte au terme d’un parcours artistique et créatif, qui l’a ramenée en Touraine. A 26 ans, le théâtre lui donne l’occasion d’aller jouer dans un music-hall à New-York. Elle y découvre la marqueterie d’assiettes anciennes et consacre deux années pour explorer cette technique et la vie new-yorkaise.

De retour en France, elle ouvre son atelier de Picassiette, rue Fontaine à Paris. Véronique se passionne pour le travail des artistes. En 2000, elle fait la connaissance du photographe Lucien Clergue qui lui fait découvrir le tirage argentique et la retouche manuelle.

Elle l’assiste dans son atelier arlésien pendant quelques années. En 2009, elle s’installe en Touraine, se rapprochant donc de la demeure de son aïeul, le château d’Artigny. Elle intègre une société de conservation d’archives en tant que photographe, tandis que sur ces terres mûrit l’envie de s’investir dans le projet de partager son immense patrimoine familial, encore méconnu du grand public.

“A la mort de mon grand-père en 2017, j’ai pris la présidence de l’Association François Coty. Avec mon mari Nicolas Gandilhon, nous avons entrepris de raviver le souvenir de cet homme qui apporta tant au monde de la parfumerie. Nous organisons des conférences olfactives, des expositions, des projections de films afin de sensibiliser les nouvelles générations. 

Notre démarche veut aussi permettre de mettre en lumière des parfumeurs créateurs d’aujourd’hui, ces artistes de l’ombre. En particulier grâce au Prix François Coty”.

Un prix de renommée internationale

Initié en 2000 par Henri Coty, petit-fils du créateur, ce prix distingue un parfumeur particulièrement talentueux et audacieux dont les parfums se démarquent par leur beauté, leur technicité et leur originalité. Le jury désigne le lauréat lors d’un test à l’aveugle pour lequel les candidats sélectionnés ont proposé trois de leurs créations.

La liste des nominés est dressée par une commission composée de la présidente Véronique Coty et de membres experts de l’Association François Coty, accompagnée de spécialistes (Commission technique de la Société française des parfumeurs et l’Osmothèque, Conservatoire International des Parfums).

Pour y participer, les parfumeurs doivent soumettre leurs créations. La maîtrise technique, l’écriture, l’harmonie, le raffinement sont autant de critères d’appréciation que l’originalité et la mémorabilité.

Depuis 2000, l’Association François Coty a récompensé les plus grands noms de la parfumerie française comme Jean Guichard, Sophie Labbé, Christine Nagel, Maurice Roucel, Emilie Coppermann… Des parfumeurs audacieux qui inspireront les créations de demain.

Rendez-vous à l’automne 2021 pour la prochaine édition !

Dans les pas de François Coty

Passionnée, Véronique déambule dans le château d’Artigny chargé d’anecdotes, racontant le destin et la personnalité de François Coty : sous la fenêtre de son bureau se languit l’Indre que le parfumeur admirait en travaillant.

La coupole évoque son goût pour l’art, la fête, et le beau. Car c’est ici que François Coty, en installant son bureau au premier étage, exigea que les cuisines soit aménagées au-dessus pour que les odeurs ne troublent pas son odorat. C’est parce que la Touraine était le pays des rois que François Coty s’y est installé. Il a décidé d’y construire la réplique d’un château du XVIIIe siècle et il voulait faire sortir le tout-Paris de la capitale. Il y a installé un standard téléphonique international, des frigos pour ranger les manteaux de fourrure des femmes qui venaient à ses soirées et échanger sur ses créations.


Retour sur un destin peu ordinaire

D’ailleurs, que serait la parfumerie française sans François Coty ? Dieu seul le sait ! Mais nous, nous  savons ce qu’elle est devenue grâce à lui.

Ses grandes compositions sont les matrices de la parfumerie moderne. Non seulement par leurs formes, qui ont donné naissance à des familles entières de parfum, mais aussi par leur usage novateur des matières synthétiques, dont les parfumeurs traditionnels hésitaient encore à se servir et qui en ont fait, selon Edmond Roudnitska cité par Michael Edwards dans Parfums de Légende, « les premiers parfums à intensité moderne du siècle ».”*

C’est au début des années 1900, dans le contexte de la grande fête de l’Exposition universelle de 1900, que François Coty devient un des plus grands parfumeurs de ce qui ne s’appelle pas encore la Belle Époque. Ce début de siècle où tout semble possible, où l’avenir s’ancre résolument dans la voie du changement, où le progrès ne peut que déboucher sur le succès !

Joseph-Marie François Spoturno, dit François Coty, nait à Ajaccio le 3 mai 1874. Sa famille jouit d’une réputation certaine dans la cité corse.
Après avoir accompli son service militaire en 1898, il « monte » à Paris dans le sillage du député corse républicain, Emmanuel Arène.
En 1904, après un stage au sein des établissements Chiris à Grasse, il commercialise son premier parfum, La Rose Jacqueminot, prélude à d’autres créations toutes plus éblouissantes les unes que les autres : LOrigan, Ambre Antique, Jasmin de Corse, Cordon Rouge, Le Chypre, Émeraude, Paris, L’Aimant

Le succès de Chypre en 1917, son accord si exceptionnel entre les notes de mousses de chêne et l’habile surdosage de jasmin est à l’origine de la nouvelle « famille » de parfums, les Chypres.
À cette date, la révolution olfactive est en marche :
• dans l’art de la composition, car tous les parfums Coty sont de savants mélanges de matières premières et de produits de synthèse qui inspirent les plus grands parfumeurs de l’époque.
• dans la commercialisation, avec l’invention de la ligne parfumée, gamme de produits autour d’une même fragrance comme la poudre de riz, des produits de soin pour les cheveux, le visage et le corps.
• dans l’art de la présentation, François Coty s’associe avec le célèbre joaillier René Lalique pour créer de prestigieux flacons et avec d’autres grands artistes de l’époque pour réaliser de sublimes écrins au sein desquels repose la précieuse fragrance.

1921 : l’année d’Émeraude

En Corse, François Coty s’investit de plus en plus dans la politique, il fonde un grand quotidien d’information l’Éveil de la Corse. Il devient également
propriétaire, rachetant le domaine des Spoturno, Barbicaja, à proximité d’Ajaccio, que ses ancêtres avaient vendu en 1877.

Dans sa Cité des parfums de Suresnes, il continue ses recherches et crée Émeraude, un parfum oriental à la violence épicée qui séduit d’emblée les femmes modernes à la recherche d’horizons lointains. On dit qu’il aurait soufflé à Guerlain l’idée de Shalimar (1925). Véronique le confirme : “Guerlain a toujours a toujours suivi de près les créations de François Coty : Origan (1905) pour L’Heure Bleue (1907) ; Chypre (1917) pour Mitsouko (1919), Emeraude (1921) pour Shalimar (1925)… et j’en suis très fière ! “.

En 2021, Emeraude sera salué comme il se doit. A suivre !